Santé publique et lobbying : Mobilisation contre la fumée de l’interférence de l’industrie du tabac.
La lutte contre le tabac au Cameroun reste confrontée à de puissants intérêts économiques. C’est le principal enseignement de l’atelier de vulgarisation du rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac au Cameroun, organisé mardi 26 mai 2026 à Yaoundé par la Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) et le Ministère de la Santé Publique (MINSANTE).

Les travaux organisés avec l’accompagnement technique de l’alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) et l’appui technique et financier du Centre Mondial pour la Bonne Gouvernance sur le Contrôle du Tabac (GGTC), ont été présidés par le Pr Joseph Marie Mendimi Nkodo, Conseiller technique N°2 au ministère de la Santé publique. Outre le renforcement des capacités des membres de la commission multisectorielle de lutte contre le tabac sur les dispositions de l’article 5.3 de la Convention cadre de l’Oms pour la Lutte antitabac (CCLAT), la rencontre a également permis a permis de présenter au public les conclusions d’un rapport qui dresse un tableau préoccupant de l’influence exercée par les industriels du tabac sur les politiques de santé publique au Cameroun.

Selon Judith Chekumo, Secrétaire exécutive de la C3T, le Cameroun affiche certes une légère amélioration de son score d’ingérence, passé de 81 en 2023 à 76 en 2025. Mais ce progrès reste insuffisant, car plus le score demeure élevé, plus l’influence de l’industrie du tabac sur les décisions publiques est importante.
Le rapport dénonce surtout les multiples stratégies de pression et de blocage exercées par l’industrie du tabac sur les réformes sanitaires engagées par l’État camerounais, en contradiction avec l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, ratifiée par le pays en 2006.
Le rapport rappelle que la protection des politiques de santé publique en matière de lutte antitabac de l’Industrie du Tabac est un principe consacré par l’Article 5.3 de la Convention Cadre de l’OMS pour la Lutte Anti- Tabac (CCLAT). Cet article dispose que « les parties, en appliquant leurs politiques de santé publique en matière de lutte antitabac doivent veiller à ce que celles-ci « politiques » ne soient pas influencées par les intérêts commerciaux et autres de l’industrie du tabac conformément à la législation nationale. Cette disposition trouve pleinement sa place au Cameroun dans la mesure où depuis quelques années déjà, les politiques de contrôle du tabac sont systématiquement scrutées et sapées par les industriels du tabac exerçant au Cameroun. De l’avant-projet de Loi nationale sur le contrôle du tabac en passant par le Décret d’application de la Loi de 2006 (Loi 2006/018 du 29 Décembre 2006 régissant la Publicité au Cameroun) interdisant la publicité en faveur du tabac de la promotion et du parrainage pour aboutir en 2018 à l’Arrêté conjoint sur le marquage sanitaire graphique des emballages des produits du tabac commercialisé au Cameroun, l’Industrie n’a ménagé aucun effort pour bloquer systématiquement le processus d’adoption desdites mesures et l’application effective pour d’autres.
Les faisceaux d’interférence dénoncés


La mise en œuvre de la réglementation sur le marquage sanitaire graphique (en particulier l’Article 21 de l’Arrêté conjoint MINSANTE/MINCOMMERCE du 03 Janvier 2018 fixant les modalités de conditionnement et d’étiquetage des emballages des produits du tabac commercialisé au Cameroun) est toujours fortement influencée par l’industrie du tabac qui impose ses délais aux autorités, perturbant ainsi le cycle de rotation des images prévu par la réglementation. Suite à une correspondance de l’Industrie du tabac au Ministre de la Santé Publique en Décembre 2022, sollicitant la reconduction des images adoptées en 2021 pour une période de deux (2) ans, la 3ème série d’images sur le marquage sanitaire graphique n’est pas toujours apposée sur les emballages depuis le 12 juin 2023. De même, la proposition de l’industrie du tabac d’accompagner le gouvernement dans l’analyse des produits à base de nicotine (VELO et VUSE de BAT) pour montrer leur innocuité, avait été acceptée par les responsables du Ministère de la Santé Publique au cours d’une réunion au mois de mars 2023. Même si la mesure n’a pas encore été mise en œuvre, le principe avait été acquis. Il convient de noter également que le comité CT 47 de l’Agence des Normes et de la Qualité (Anor) dédié aux questions de tabac et produits du tabac est présidé par un représentant de l’industrie du tabac. Certaines normes sur le tabac et les produits à base de la nicotine ont eu comme base de travail les avants projets de normes proposés par l’Industrie du tabac. La réglementation sur la Publicité en faveur du tabac, promotion et parrainage (article 13 de la CCLAT) est aussi toujours plombée par l’industrie du tabac. Après l’échec du projet de texte proposé au gouvernement par l’industrie et qui était contraire aux dispositions de la CCLAT, le processus d’adoption du texte d’application de la loi de 2006 régissant la Publicité au Cameroun stagne depuis 17 ans. Le nouveau texte élaboré à l’initiative de la Coalition Camerounaise Contre le Tabac avec les autres parties prenantes n’a jamais été adopté. Il en est de même pour l’avant-projet de loi sur le contrôle du tabac élaboré par les parties prenantes et transmises à la Présidence depuis 2011 qui jusqu’à date n’a toujours pas été examiné et adopté par le parlement.
Des mesures à envisager

Face à la forte interférence de l’industrie du tabac, plusieurs mesures sont à préconiser. Entre autres : Le Renforcement des capacités des parties prenantes de la lutte antitabac sur les dispositions de l’Article 5.3 de la CCLAT et des Directives de mise en œuvre; la relecture par les parties prenantes de l’avant-projet de Loi nationale sur le contrôle du tabac et la relance du processus de son adoption, le respect par les autorités et la mise en œuvre adéquate des dispositions de la réglementation du 03 janvier 2018 portant sur le marquage sanitaire graphique; l’adoption d’un code de conduite pour réguler les interactions entre les administrations en charge du contrôle du tabac et l’industrie et la mise en place au sein de la Commission Multisectorielle antitabac d’un mécanisme de veille et de suivi des activités règlementaires et non règlementaires de l’industrie du tabac. Les participants aux travaux du 26 mai 2026 ont aussi recommandé l’élaboration d’un plan de communication et de l’éducation civique, l’allocation des ressources nécessaires à l’Anor afin d’éviter le financement des travaux par les industries du tabac.
Prince Mpondo








































































































