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Humanitaire : Le Cameroun crée son armée d’experts locaux pour bousculer l’aide internationale

Face aux urgences complexes qui asphyxient ses frontières, le Cameroun refuse désormais le costume de simple exécutant de l’aide internationale. Du 30 juin au 2 juillet 2026, la ville de Ngaoundéré a abrité un atelier de Formation des Formateurs (ToT) de haute facture. Portée par le Groupe de Travail Localisation (GTL) avec l’appui de NORCAP et d’ONU Femmes, cette initiative a rassemblé 35 cadres d’Organisations de la Société Civile (OSC) venus des 10 régions du pays. L’enjeu va bien au-delà d’un simple atelier. Il s’agit d’une véritable reprise en main de la réponse humanitaire par l’expertise nationale.

Placée sous le leadership du Coordonnateur Humanitaire au Cameroun, Issa Sanogo, Coordonnateur Résident du système des Nations Unies, cette initiative s’inscrit en droite ligne de l’agenda 2026 du GTL. Son objectif est de constituer un vivier national de formateurs capables de renforcer durablement les capacités des organisations locales et de promouvoir un leadership camerounais fort au cœur du Nexus Humanitaire-Développement-Paix (HDP). L’ouverture officielle des travaux a été présidée par le Sous-préfet de Ngaoundéré 1er.

Sur le terrain des crises multiples qui frappent le bassin du lac Tchad à l’Extrême-Nord, l’Est ou encore les régions anglophones, les ONG nationales et les réseaux locaux sont en première ligne. Souvent seuls capables de franchir les zones les plus dangereuses et enclavées, ces acteurs souffraient pourtant d’un paradoxe cruel. Le rapport du Baromètre de la localisation 2024-2025, financé par NORCAP et BHA, a relevé des failles institutionnelles persistantes. Jusqu’ici, le renforcement de capacités se limitait à des formations courtes, dictées par l’agenda des partenaires internationaux, sans lendemain pour les structures locales. Pour rompre ce cercle vicieux, le GTL a appliqué la recommandation phare de l’étude : bâtir un mécanisme pérenne, autonome et affranchi des boussoles extérieures.

L’artillerie pédagogique : Six modules pour armer les leaders de demain

Pour transformer ces professionnels en fers de lance de l’humanitaire, l’atelier a déployé une méthodologie rigoureuse basée sur l’andragogie (la formation pour adultes) et la co-construction pratique. Les participants ont été outillés autour de six piliers stratégiques : Andragogie et techniques de formation ; mobilisation des ressources ; gouvernance organisationnelle et leadership ; préparation aux urgences ; gestion de l’information et des outils ; prise en compte du genre a préparation aux urgences, la gestion de l’information, et la prise en compte du genre dans les projets/Programmes.  Il sera par la suite question de démultiplier ces acquis au bénéfice des organisations nationales et locales camerounaises.

L’œil des institutions : Une synergie public-privé inédite

Cette transition humanitaire s’est construite sous le regard attentif de l’État et des grandes Agences internationales (UNICEF, OMS, OCHA, UNFPA, CARE International, Plan International et Action Contre la Faim). Pour Salomon Ndjock, cette rencontre porte une vision claire : « Bâtir une expertise nationale durable. Cette idée est née du concept de la localisation car, par le passé, nous faisions appel à des experts internationaux voire des experts gouvernementaux pour former les organisations locales. ». Le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) a également apporté sa pierre à l’édifice. Ngola Georgette, représentante de la Direction de la Protection Civile du MINAT, explique : « Le MINAT, en tant qu’acteur principal de la protection civile, a été sollicité pour accompagner cette activité. Il s’agit d’aider les acteurs à mieux comprendre les bases de la protection civile et de l’action humanitaire […]. Dans un contexte marqué par la transition humanitaire, il est important de doter les ONG de capacités opérationnelles afin qu’elles puissent constituer de véritables relais de l’action menée par l’État. »

Du labo au terrain : Une démultiplication immédiate et mesurable

La réussite de la session de Ngaoundéré tient à son caractère pragmatique. L’atelier accouche d’une boîte à outils pédagogiques entièrement contextualisée aux réalités sociopolitiques et sécuritaires du Cameroun. Chaque nouveau formateur a validé un plan de démultiplication strict, adossé à son organisation et à son ancrage géographique. L’exigence de résultats est désormais maximale. Gabriel Tchokomakwa, chargé de programmes à ONU Femmes et représentant du Coordonnateur Humanitaire, a rappelé les attentes fortes placées en ces leaders : « Il est attendu de ces leaders des OSC formés : l’exemplarité à travers la bonne gouvernance au sein des organisations, la collaboration pour une synergie dans la réponse à la complexité des besoins d’aujourd’hui, et le pragmatisme dans l’amélioration des conditions de vie des populations. »

En réduisant la dépendance vis-à-vis des consultants expatriés, le Cameroun bascule définitivement d’une logique de perfusion humanitaire à une logique d’investissement durable menée par et pour les Camerounais.

Prince Mpondo

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