ANALYSE : L’inclusion des PHV au Cameroun, du droit formel au droit réel : le défi de l’opérationnalisation

Le 16 décembre 2025, le CJARC a dévoilé son plaidoyer pour le recrutement des Personnes Handicapées Visuelles (PHV). Au-delà de la simple revendication catégorielle, cette initiative soulève une question centrale pour l’émergence du Cameroun : comment transformer un arsenal juridique exemplaire en une réalité économique tangible ? 1. Le paradoxe de l’ « invisibilité » des diplômés handicapés Le Cameroun dispose de l’un des cadres juridiques les plus protecteurs de la sous-région. Entre la ratification de la CDPH en 2021 et le décret de 2018 sur l’emploi protégé, l’État a théoriquement verrouillé le droit au travail pour tous. Pourtant, une fracture persiste. L’analyse du CJARC révèle un paradoxe : alors que les universités camerounaises forment chaque année des PHV qualifiés, ces derniers disparaissent des radars une fois sur le marché de l’emploi. Ce « gaspillage de capital humain » est dû à une perception erronée du coût de l’aménagement du poste, souvent surestimé par les employeurs (publics comme privés) par rapport au gain de productivité réel de ces travailleurs. 2. Le « Recrutement Inclusif » : un levier de modernisation administrative Le plaidoyer présenté au MINFOPRA et au GICAM ne demande pas la charité, mais la modernisation. Intégrer une PHV aujourd’hui, c’est nécessairement intégrer les technologies numériques (logiciels de revue d’écran, interfaces vocales). En poussant pour l’accessibilité des concours et des postes, le CJARC force indirectement l’administration camerounaise à accélérer sa transformation digitale. L’inclusion devient alors un moteur d’innovation : un environnement de travail accessible à un aveugle est, par définition, un environnement plus ergonomique et numérisé pour tous les employés. 3. La Canne Blanche : le baromètre de la citoyenneté L’originalité de l’approche du CJARC ce 16 décembre réside dans le couplage du plaidoyer « Emploi » avec celui de la « Canne Blanche ». C’est une analyse systémique de l’inclusion : On ne peut pas être productif si l’on ne peut pas accéder au bureau (problème de mobilité urbaine). On ne peut pas être respecté dans son entreprise si l’on est stigmatisé dans la rue. Le plaidoyer « Un code pour tous » rappelle que l’inclusion professionnelle est indissociable d’une politique de la ville inclusive. La canne blanche n’est plus seulement un outil technique, elle devient un symbole de droit de cité. 4. Les verrous à lever : quotas et sanctions L’analyse des résultats attendus montre que le dialogue est amorcé. Cependant, pour que ce plaidoyer de décembre 2025 ne reste pas lettre morte, deux leviers devront être actionnés par les pouvoirs publics : L’incitation fiscale : Encourager le secteur privé (GICAM) via des déductions pour chaque poste aménagé. La contrainte de quota : Passer de la recommandation à l’obligation de résultats dans les recrutements de la Fonction Publique, comme le suggère la Commission des Droits de l’Homme (CDHC). En conclusion; l’initiative du CJARC marque un changement de paradigme : on passe de la protection sociale (fondée sur la vulnérabilité) à l’inclusion économique (fondée sur la compétence). Dans un contexte où le Cameroun vise une croissance inclusive, l’intégration des PHV n’est plus une question de solidarité, mais un impératif de justice sociale et d’efficacité économique. Le message est clair : la société de 2026 se construira avec tous ses talents, ou elle ne se construira pas.

Cameroun : Le CJARC lance un plaidoyer historique pour l’emploi des personnes handicapées visuelles

Cameroun : Le CJARC lance un plaidoyer historique pour l’emploi des personnes handicapées visuelles YAOUNDÉ – Ce 16 décembre 2025, le Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun (CJARC) a franchi une étape décisive dans la lutte pour l’égalité des chances. En présentant officiellement son plaidoyer pour le recrutement des personnes handicapées visuelles (PHV) dans les secteurs public et privé, l’organisation appelle à passer des textes de loi à une inclusion réelle et concrète. Au Cameroun, malgré un arsenal juridique existant, le monde du travail reste encore largement fermé aux personnes handicapées visuelles. C’est pour briser ce « plafond de verre » que le CJARC, en partenariat avec la Mission Évangélique Braille (MEB), a réuni ce jour à Yaoundé les décideurs politiques, les chefs d’entreprises et la société civile. Un cadre légal solide, mais une application timide Depuis la ratification en 2021 de la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées et la loi nationale de 2010, le droit au travail est pourtant garanti. L’article 16 du décret de 2018 prévoit même des « emplois protégés ». Pourtant, le constat sur le terrain est amer : préjugés, absence d’aménagements des postes et manque de quotas contraignants maintiennent les PHV dans la précarité. « Le handicap ne signifie pas l’incapacité », rappelle le plaidoyer du CJARC, qui souligne que ces citoyens possèdent des compétences précieuses pour le développement national. Les piliers du plaidoyer : Emploi et Mobilité L’activité de ce 16 décembre s’est articulée autour de deux axes majeurs : Le Recrutement Inclusif :Demander aux administrations (MINFOPRA, MINAS, MINEFOP) et aux entreprises (via le GICAM) d’ouvrir leurs procédures de recrutement et d’adapter les postes de travail. « Canne blanche : un code pour tous » :Une campagne complémentaire visant à rappeler que l’inclusion commence dans la rue. La mobilité et la sécurité des PHV sont les conditions préalables à leur ponctualité et à leur efficacité professionnelle. Vers des engagements concrets La rencontre a mobilisé une cinquantaine de participants, dont des représentants de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) et du Fonds National de l’Emploi (FNE). L’objectif est clair : obtenir des promesses fermes de recrutement et la mise en place de cadres de collaboration permanents. Pour les responsables du CJARC, l’enjeu de 2025 est la visibilité. En montrant que les PHV peuvent être des cadres, des techniciens ou des agents administratifs performants, le Club espère transformer durablement le regard des employeurs camerounais. Ce qu’il faut retenir du plaidoyer : Accessibilité :Rendre les concours publics accessibles aux malvoyants. Aménagement :Installer des logiciels de lecture d’écran et du matériel adapté en entreprise. Quotas :Appliquer strictement les mesures de réservation de postes. L’inclusion n’est plus une option de charité, mais une obligation de droit. Le CJARC et ses partenaires ont aujourd’hui tracé la feuille de route pour un Cameroun où le talent prime sur le handicap.

Alliance Droits et Santé : 13 ans de lutte contre les violences basées sur le genre, des résultats probants dans six pays d’Afrique de l’Ouest

Abidjan, le 10 décembre 2025 – Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a organisé, le mercredi 10 décembre 2025, un webinaire de haut niveau en collaboration avec le Réseau Alliance Droits et Santé (ADS), autour du thème : « Réseau Alliance Droits et Santé, 13 ans d’existence : acquis, défis et perspectives ». Cette rencontre virtuelle a permis de mettre en lumière les actions menées et les résultats obtenus par l’ADS dans ses six pays membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal, dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) et pour la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles. Un réseau engagé depuis 2013 Intervenant en ouverture, la présidente du Réseau Alliance Droits et Santé, Mme Caroline Tapsoba, également cheffe du département projets et programmes de l’Association Songui Manégré / Aide au Développement Endogène (ASMADE) au Burkina Faso, a présenté l’historique et les missions de l’ADS ainsi que le projet Alliance Transformative mis en œuvre dans les pays membres. Créé en 2013 à Ouagadougou, le Réseau Alliance Droits et Santé est né de la volonté d’acteurs engagés à défendre les droits des femmes et des filles, en particulier celles issues de milieux vulnérables. Le réseau adopte une approche participative et inclusive, impliquant directement les bénéficiaires dans l’identification des besoins et la définition des axes d’intervention. Ses actions ciblent notamment les jeunes filles, les femmes vulnérables et les personnes en situation de handicap, avec un fort accent sur le plaidoyer aux niveaux national, sous-régional et régional. Des avancées significatives Dans l’ensemble des six pays notamment le Niger, il y a eu des avancées significatives. Le coordonnateur du projet Alliance Transformative au Niger, M. Amadou Lawali, a présenté les actions mises en œuvre dans son pays. Il a souligné que les interventions sont contextualisées selon les réalités de chaque pays membre, chaque État ayant développé sa propre stratégie de plaidoyer. Au Niger, la stratégie repose sur deux axes majeurs : la lutte contre les violences basées sur le genre, le mariage d’enfants et le mariage forcé ; la promotion des droits et de la santé sexuelle et reproductive des femmes et filles en situation de handicap. Selon M. Lawali, les VBG demeurent très répandues au Niger, avec un taux de prévalence national estimé à 29 %, atteignant 38,2 % chez les femmes, contre 16,3 % chez les hommes. Par ailleurs, 63,6 % des femmes ont été en union avant l’âge de 18 ans. Il a salué les efforts du gouvernement nigérien, notamment à travers l’adoption de la Stratégie nationale de prévention et de réponse aux VBG, abus et exploitations sexuelles (2024-2028), ainsi qu’une stratégie nationale de lutte contre le mariage d’enfants (2024-2028). Grâce au projet Alliance Transformative, 144 mariages de jeunes filles ont pu être retardés ou annulés, des capacités locales ont été renforcées et plusieurs collectivités territoriales mobilisées. Le projet a également permis l’installation de rampes d’accès dans des structures de santé, facilitant la mobilité des personnes en situation de handicap, et la promotion de l’éducation des jeunes filles. Défis et résilience La troisième paneliste, Mme Maïga Adam Dicko, directrice exécutive de l’AJICAD au Mali, a mis en avant la synergie d’actions entre les organisations membres de l’ADS, qui a permis d’enregistrer des résultats encourageants. Elle a toutefois relevé plusieurs défis, notamment l’ampleur des phénomènes des VBG et du mariage d’enfants, ainsi que le contexte sécuritaire et l’instabilité politique, qui entravent le déploiement des actions. Malgré ces obstacles, les acteurs poursuivent leurs efforts, notamment en faveur du durcissement de la législation malienne sur les violences basées sur le genre. Un plaidoyer régional porteur de changements Mme Kaya Sy, responsable plaidoyer à Equipop Sénégal et membre du conseil de l’Alliance, est revenue sur les actions menées au niveau régional. Elle a indiqué que les efforts conjoints de l’ADS ont contribué à influencer l’adoption par l’Union africaine d’une stratégie régionale de lutte contre les violences basées sur le genre. Au Sénégal, le projet mis en œuvre par le Réseau Siggil Jiggen, Jeunesse et Développement (JED), Equipop et le RAES a permis de mobiliser des ressources en faveur des organisations de jeunes dans la région nord, notamment à Saint-Louis. Un centre adolescents fonctionnel a également été ouvert à Diamaguène, avec l’appui du projet, par l’organisation Takhawou Ndaw yi (« soutenir les jeunes »). Poursuivre la dynamique À l’issue des échanges, les participants ont unanimement reconnu la nécessité de poursuivre et renforcer la dynamique collective pour une lutte efficace et durable contre les violences basées sur le genre, et pour le respect des droits des femmes et des filles. Pour rappel, le Réseau Alliance Droits et Santé, créé en 2013, regroupe 22 associations issues de six pays d’Afrique de l’Ouest. Il œuvre à l’amélioration du statut et de la santé des femmes et des filles à travers le plaidoyer, les campagnes de communication et les événements mobilisateurs impliquant leaders politiques, religieux et communautaires. REMAPSEN

Afrique de l’Ouest : 13 ans d’impact de l’Alliance Droits et Santé dans la lutte contre les VBG

À l’occasion d’un webinaire de haut niveau organisé par le REMAPSEN ce 10 décembre 2025, le Réseau Alliance Droits et Santé (ADS) a dressé le bilan de treize années d’engagement. Entre victoires législatives et actions de terrain, le réseau s’impose comme un pilier de la protection des femmes et des filles dans six pays de la sous-région. Abidjan, le 10 décembre 2025 – Treize ans après sa création à Ouagadougou, quel est l’héritage de l’Alliance Droits et Santé (ADS) ? C’est la question au cœur de la rencontre virtuelle organisée mercredi par le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN). Sous la présidence de Mme Caroline Tapsoba, le Réseau a démontré que malgré un contexte sécuritaire complexe, la mobilisation pour les droits des femmes porte ses fruits au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger et au Sénégal. Un rempart contre le mariage des enfants Le Niger, pays membre de l’Alliance, illustre parfaitement cette dynamique de changement. Alors que les violences basées sur le genre (VBG) y touchent encore 38,2 % des femmes, le projet « Alliance Transformative » a permis de remporter des victoires concrètes. M. Amadou Lawali, coordinateur national, a révélé que 144 mariages de jeunes filles ont pu être retardés ou annulés grâce aux interventions du réseau. Au-delà des chiffres, c’est une transformation structurelle qui s’opère avec l’installation de rampes d’accès dans les centres de santé pour les femmes en situation de handicap et l’appui à la Stratégie nationale de lutte contre le mariage d’enfants (2024-2028). Une résilience face à l’instabilité Au Mali, la lutte prend une forme de résistance. Mme Maïga Adam Dicko, directrice exécutive de l’AJICAD, a souligné la difficulté d’agir dans un contexte d’instabilité politique et d’insécurité. Pourtant, la synergie entre les 22 associations membres de l’ADS permet de maintenir la pression pour un durcissement de la législation malienne sur les VBG. Cette solidarité dépasse les frontières : au Sénégal, le plaidoyer a favorisé l’ouverture de centres pour adolescents à Diamaguène et la mobilisation de ressources accrues pour la jeunesse de la région de Saint-Louis. Un plaidoyer qui atteint l’Union Africaine L’un des succès les plus marquants de ces treize années reste l’influence de l’ADS au niveau continental. Mme Kaya Sy, membre du Conseil  de l’Alliance Droits  et Santé;  responsable plaidoyer à Equipop Sénégal, a rappelé que les actions conjointes du réseau ont contribué à l’adoption d’une stratégie régionale de lutte contre les VBG par l’Union Africaine. Les défis de demain Si le bilan est jugé « probant », les défis restent immenses pour 2026 et au-delà. La pauvreté, les normes sociales persistantes et les crises sécuritaires exigent une intensification de la dynamique collective. Comme l’a rappelé la présidente Caroline Tapsoba en clôture, l’Alliance Droits et Santé ne compte pas s’arrêter là. Le réseau entend renforcer son approche inclusive pour que chaque femme et chaque fille, quel que soit son milieu ou son handicap, puisse jouir pleinement de ses droits et de sa santé. Les chiffres clés de l’ADS en 2025 : 6 paysd’intervention en Afrique de l’Ouest. 22 associations 144 mariages annulés ou retardés au Niger grâce au projet Alliance Transformative. 13 ans d’existence et de plaidoyer ininterrompu.   REMAPSEN

Décès d’Anicet Ekane en détention : Le MDP salue la mémoire d’un « homme d’engagement » et exige la transparence

Dans un communiqué officiel, le Mouvement pour la Démocratie et le Progrès (MDP) pleure la disparition du Président du Manidem, survenue dans un contexte de tensions post-électorales, et appelle les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances du drame.   Le Mouvement pour la Démocratie et le Progrès (MDP) a fait part, dans un communiqué daté du 2 décembre 2025, de sa « profonde tristesse et vive consternation » suite à l’annonce du décès de Monsieur Anicet Ekane, Président du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem). La disparition est survenue alors qu’Anicet Ekane était placé en détention, un contexte que le MDP lie directement aux « tensions post-électorales consécutives au scrutin présidentiel du 12 octobre dernier ». Un vibrant hommage à un leader de conviction Par la voix de son Président national, Paul-Alain Eboua, le MDP a tenu à rendre un « vibrant hommage à cet homme d’engagement, de conviction et de courage ». Le communiqué insiste sur la camaraderie politique qui liait les deux entités dans la défense des valeurs démocratiques : « Bien que n’ayant pas appartenu à la même famille politique, Anicet Ekane fut un compagnon de route dans de nombreux combats menés pour la défense de la démocratie, de l’État de droit et de l’intérêt supérieur de notre nation », précise le texte. Sa forte implication lors du dernier scrutin, aux côtés des autres forces de progrès, est saluée comme la preuve de sa volonté inébranlable d’œuvrer pour un « changement pacifique, constructif et patriotique ».   Appel à la dignité humaine et au dialogue politique Le MDP considère que la disparition d’Anicet Ekane représente une « perte immense » pour sa famille, ses camarades du Manidem, l’opposition républicaine et tous ceux qui aspirent à une démocratie pluraliste et authentique. Face aux interrogations que suscite ce décès en détention, le MDP lance un appel solennel : Le MDP appelle au respect de la dignité humaine, à la transparence dans les circonstances entourant ce décès, et à la poursuite du dialogue politique pour préserver la paix sociale et restaurer la confiance dans les institutions. Le Président Paul-Alain Eboua a présenté ses condoléances les plus attristées à la famille biologique du défunt, ainsi qu’aux responsables, militants et sympathisants du Manidem, formulant le vœu que sa mémoire inspire la persévérance, l’intégrité et l’amour de la patrie. Prince MPONDO

Cameroun : Le droit à l’inclusion, un chantier inachevé pour les personnes handicapées

Exif_JPEG_420 Entre avancées législatives et réalités de terrain, l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux infrastructures publiques demeure un défi majeur. La Commission des Droits de l’Homme appelle à une application effective des engagements de l’État. ANALYSE — La Journée internationale des personnes vivant avec un handicap (JIPH), célébrée le 3 décembre, offre chaque année l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers une société pleinement inclusive. Au Cameroun, si la volonté politique s’est traduite par l’adoption de lois (telle que la Loi n°2010/002 du 13 avril 2010 sur la protection et la promotion des personnes handicapées) et la ratification d’instruments internationaux, l’analyse de la situation révèle une persistance de défis structurels et sociétaux profonds. La récente déclaration de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) en est une illustration frappante, soulignant l’écart béant entre la théorie juridique et la pratique quotidienne. L’accessibilité : Une promesse non tenue Le premier obstacle, et le plus visible, est l’inaccessibilité de l’environnement physique et de l’information. La CDHC déplore que de nombreuses infrastructures publiques — hôpitaux, écoles, bâtiments administratifs, transports — ne soient pas conçues pour accueillir les personnes à mobilité réduite. Le manque de rampes d’accès, d’ascenseurs fonctionnels ou de toilettes adaptées crée une frustration palpable et un sentiment d’exclusion, forçant de nombreuses personnes à renoncer à fréquenter certains espaces publics. À cela s’ajoute l’accès insuffisant à l’information. L’indisponibilité fréquente de l’interprétation en langue des signes, des documents en braille ou de formats numériques lisibles pour les malvoyants marginalise une part importante de la population, rendant difficile l’accès aux services essentiels et à la vie démocratique. Discrimination dans l’éducation et l’emploi L’analyse de la situation éducative est tout aussi préoccupante. Si le concept d’éducation inclusive fait son chemin, sa mise en œuvre bute sur le manque de personnel enseignant spécialisé et sur la rareté des manuels scolaires en braille. Le handicap sévère, en particulier, réduit considérablement le nombre d’années d’études achevées par les enfants concernés, limitant d’emblée leurs perspectives d’avenir. Sur le marché du travail, la situation ne s’améliore guère. Des études suggèrent que l’écart d’emploi entre individus avec et sans handicap n’est pas dû à des différences de compétences, mais plutôt à une discrimination manifeste à l’embauche et au manque d’ »aménagements raisonnables » de la part des employeurs. Les stéréotypes négatifs et la stigmatisation persistent, reléguant souvent les personnes handicapées à des emplois précaires ou à l’inactivité. Le défi de la gouvernance et de la redevabilité La CDHC a également mis l’accent sur des défis liés à la gouvernance. La faible application du cadre normatif existant, due en partie à un manque de volonté politique dans l’application des lois, est un obstacle majeur. Un autre point crucial soulevé par la commission est le risque de mauvaise affectation des fonds publics destinés aux programmes d’accessibilité. L’absence de traçabilité des ressources compromet l’efficacité des actions prévues et retarde l’amélioration des conditions de vie. La faible représentation des personnes handicapées dans les instances locales de décision et de gouvernance est, en soi, une forme d’exclusion qui empêche la prise en compte réelle de leurs besoins spécifiques dans l’élaboration des politiques publiques. Perspectives et engagements Face à ce tableau, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun ne se contente pas d’un état des lieux. Elle réitère ses recommandations formulées en 2024, notamment l’accroissement de l’effort budgétaire en faveur des structures chargées du bien-être des personnes handicapées et la facilitation de leur accès à l’emploi décent. L’analyse de la situation camerounaise montre que la pleine inclusion des personnes handicapées ne se décrète pas par une simple loi ; elle nécessite une transformation profonde des mentalités, une application rigoureuse des normes existantes et une transparence totale dans l’utilisation des ressources. La CDHC s’engage à poursuivre son action de plaidoyer et de veille juridique, rappelant que les droits des personnes handicapées ne sont pas des droits nouveaux, mais des droits humains fondamentaux qui doivent être garantis pour tous. Prince Mpondo

Droits des personnes handicapées : La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun tire la sonnette d’alarme et presse le gouvernement d’agir

À l’occasion de la Journée internationale du 3 décembre 2025, la CDHC dénonce la persistance des barrières physiques et de la discrimination, et exige des mesures concrètes pour une réelle inclusion. YAOUNDÉ, CAMEROUN — À l’occasion de la Journée internationale des personnes vivant avec un handicap (JIPH) célébrée ce 3 décembre 2025 sous le thème mondial « Promouvoir des sociétés inclusives pour faire progresser le progrès social », la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a publié une déclaration ferme, exprimant sa vive préoccupation face aux nombreux obstacles qui persistent dans le pays. Malgré un cadre normatif existant et des engagements internationaux, la Commission déplore un écart important entre les textes législatifs et la réalité vécue par les personnes en situation de handicap. Des barrières omniprésentes La CDHC a mis l’accent sur plusieurs points de blocage majeurs qui entravent l’autonomie et la pleine participation des personnes handicapées à la vie publique : Barrières physiques persistantes : De nombreuses infrastructures publiques (écoles, hôpitaux, bâtiments administratifs, centres de vote) restent inaccessibles aux personnes à mobilité réduite. Accès insuffisant à l’information : L’absence d’interprétation en langue des signes, de documents en braille ou de formats numériques lisibles pour les malvoyants limite sévèrement l’accès à l’information et aux services essentiels. Discrimination et exclusion : Des discriminations dans l’accès à l’éducation (rareté des manuels en braille), à l’emploi et aux soins de santé affectent de manière disproportionnée les enfants en situation de handicap, particulièrement en milieu rural. La Commission s’est également dite interpellée par la faible représentation des personnes en situation de handicap dans les instances locales de décision et de gouvernance, un frein majeur à l’intégration sociale et politique. Application des lois et gestion des fonds en question Un point d’achoppement soulevé par la CDHC est la faible application du cadre normatif existant, notamment en ce qui concerne les « aménagements raisonnables » et les sanctions de la discrimination. Elle relève également le faible intérêt des personnes concernées et de leurs familles à s’approprier le contenu de ces textes, ce qui limite leur capacité à faire valoir leurs droits. Plus inquiétant, la Commission exprime sa préoccupation face au risque de détournement ou de mauvaise allocation des ressources publiques et des financements destinés aux programmes d’accessibilité et d’inclusion, compromettant l’efficacité des actions prévues. Rappel des recommandations gouvernementales S’appuyant sur les 220 recommandations acceptées par l’État lors du 4ᵉ cycle de l’Examen périodique universel (EPU) en mars 2024, dont six sont en consonnance avec la thématique de l’édition 2025 de la JIPH, la CDHC réitère ses demandes formulées  en 2024 :Généraliser l’accès aux moyens de communication adaptés aux différents types de handicap, Prendre des mesures concrètes pour faciliter l’accès à un emploi décent, accroître l’effort budgétaire en faveur des administrations et structures publiques chargées du bien-être, de l’éducation, de la santé et du développement social des personnes handicapées. La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun a réaffirmé son engagement « ferme, constant et irréversible » à poursuivre ses efforts pour l’inclusion et la lutte contre les discriminations, promettant des interventions en amicus curiae (ami de la cour), des missions d’enquête, et des actions de plaidoyer continues.   Prince Mpondo  

Le REFELACAM lance un appel à l’action : Combattre les violences structurelles pour libérer le leadership féminin au Cameroun

  À l’occasion des 16 jours d’activisme, les femmes élues et leaders communautaires se mobilisent à Yaoundé pour identifier des stratégies locales contre les freins invisibles qui entravent leur épanouissement politique et social. Les assises de deux jours pour échanger sur la question ont été ouvertes par Nathalie Ngemba ; Inspecteur Général au Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.  Elle a salue la rencontre qui s’inscrit en droite ligne des priorités gouvernementales. Marie Pierre Raky Chaupin ; Représentante Residente d’ONUFemmes au Cameroun a porté la voix du système des Nations-Unies qui accompagne le Gouvernement et les autres parties prenantes.  Marie Angèle Meyanga Epse Noah Présidente du REFELACAM a planté le décor de la rencontre porteuse de beaucoup d’espoir pour l’épanouissement des femmes élues locales. Dans le cadre de la campagne mondiale des « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes » (25 novembre – 10 décembre 2025), le Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique, section Cameroun (REFELACAM), prend le leadership d’une initiative nationale cruciale. L’organisation a réuni 39 femmes maires et 16 femmes leaders communautaires pour une rencontre stratégique, axée sur un thème percutant : « Femmes, pouvoir et paix : combattre les violences structurelles et culturelles pour un leadership féminin transformateur ». Au-delà de la violence physique : Les freins invisibles du leadership   Le Cameroun, bien qu’ayant ratifié la quasi-totalité des instruments juridiques internationaux de protection des femmes (notamment la CEDEF et le Protocole de Maputo), fait face à une réalité complexe où le phénomène de la violence persiste. Le REFELACAM attire l’attention sur les formes de violence souvent négligées : les violences structurelles et culturelles. Ces violences, insidieuses, se manifestent par des stéréotypes profondément enracinés, des normes sociales discriminatoires et un manque de reconnaissance institutionnelle qui entravent l’efficacité et l’épanouissement des femmes dans les sphères de décision. « La violence à l’égard des femmes et des filles entraîne de graves préjudices pour les familles, les communautés et la société dans son ensemble. Si les lois progressent, leur application reste faible face aux résistances sociales. Nos élues locales, par exemple, sont souvent confrontées à des résistances qui minent leur légitimité », a souligné un représentant du réseau. Une stratégie holistique et multisectorielle Cette rencontre s’inscrit en parfaite cohérence avec la stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre de 2ᵉ génération (2022-2026), élaborée par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille. L’approche du REFELACAM se veut holistique et centrée sur les actrices de terrain. L’objectif général est clair : renforcer les capacités, la solidarité et la visibilité de ces femmes leaders, tout en valorisant leur rôle central comme actrices de paix et de cohésion sociale, un enjeu majeur dans le contexte camerounais. Les participantes s’attèleront à des objectifs spécifiques ambitieux, notamment : Identifier et analyser les formes précises de violences qui minent leur leadership. Valoriser le rôle des femmes comme médiatrices communautaires et promotrices de paix. Renforcer les aptitudes pratiques en communication, plaidoyer et négociation. Des résultats concrets attendus La rencontre nationale ne se limite pas à la sensibilisation. Elle vise l’adoption de stratégies locales et collectives, qui se concrétiseront par un plan d’action REFELACAM 2026 sur la prévention des violences structurelles, et la diffusion d’un communiqué final pour un plaidoyer unifié. Le REFELACAM réaffirme par cette initiative son rôle pivot dans la promotion d’un environnement institutionnel plus équitable, où le leadership féminin peut s’exercer pleinement, transformant ainsi la société camerounaise dans son ensemble.

ANALYSE : Le Manifeste des filles, un miroir critique des inégalités au Cameroun

Le « Manifeste des filles du Cameroun » n’est pas un simple document de revendications ; c’est un diagnostic social détaillé, établi à partir de la base, qui met en lumière les failles persistantes de la société camerounaise en matière de droits de l’enfant et de genre. Ce texte, nourri par les témoignages de milliers d’adolescentes, transforme l’expérience vécue en un appel politique structuré. Une approche holistique de l’inégalité L’aspect le plus frappant du manifeste est son approche holistique. Il ne se limite pas aux violences physiques, mais englobe les violences structurelles et culturelles. En dénonçant les mariages précoces au nom de la tradition, l’inégalité d’accès à la technologie ou les tâches ménagères non partagées, les filles identifient avec précision les mécanismes qui freinent leur plein épanouissement. Elles comprennent intuitivement que l’égalité se joue aussi bien dans la salle de classe que dans la sphère domestique. De la survie à l’épanouissement : Le changement de paradigme La phrase « où elle ne va pas seulement survivre, mais vivre et s’épanouir » résume l’ambition du manifeste. Il s’agit de passer d’une vision minimaliste de la protection des filles (éviter le pire) à une vision ambitieuse d’autonomisation (permettre le meilleur). Elles revendiquent le droit d’être considérées comme des « partenaires à part entière » et des « actrices d’aujourd’hui », remettant en cause l’idée que le leadership féminin serait une affaire de « demain » seulement.   La redevabilité comme exigence Le manifeste excelle dans l’allocation des responsabilités. Il ne se contente pas d’une plainte abstraite, mais interpelle nommément chaque maillon de la chaîne sociale : parents, frères, enseignants, gouvernement, Nations Unies. Cette interpellation directe vise à briser le silence complice que la déclaration dénonce explicitement. Le fait de cibler les frères comme « leviers du changement » est une stratégie intelligente pour transformer les dynamiques de genre au sein même de la cellule familiale. L’application des textes : Le nœud du problème Le manifeste, remis au gouvernement en présence de la Représentante du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille et de la Représentante Résidente de l’UNICEF au Cameroun, pose la question cruciale de l’application effective des lois existantes. Le Cameroun est signataire de conventions importantes (Convention relative aux droits de l’enfant, Protocole de Maputo), mais l’écart d’application est notoire. Le manifeste est un plaidoyer pour que le gouvernement passe des promesses aux « mesures décisives » et alloue des ressources pour créer des environnements sûrs et inclusifs. En conclusion, ce manifeste est un acte politique majeur de la jeunesse camerounaise. Il offre une feuille de route claire pour une société plus juste, rappelant aux décideurs que l’investissement dans les droits des filles n’est pas une option, mais un impératif pour le développement durable de la nation tout entière.  Prince Mpondo

Un manifeste courageux pour l’avenir des filles du Cameroun

« Nos droits ne sont pas négociables ! » : Les filles du Cameroun interpellent le gouvernement et la société civile. Issu d’une vaste consultation nationale, un manifeste audacieux exige l’abolition des pratiques néfastes, un accès égalitaire à l’éducation et une tolérance zéro face aux violences. Un appel vibrant à conjuguer les droits au féminin, maintenant. Une conférence de presse de présentation dudit manifeste a été organisée le 3 décembre au siège de l’UNICEF à Yaoundé. La cause des filles camerounaises est urgente, et elles l’ont fait savoir haut et fort. Réuni lors du Forum national du Mouvement des filles, un groupe de travail, fruit d’une caravane ayant traversé les dix régions du pays en juillet 2025 pour recueillir les témoignages de plus de 5 600 adolescentes, a présenté un manifeste. Ce document, une déclaration d’engagement indéfectible envers leurs droits et leur dignité, a été officiellement remis à Madame le Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille le 28 novembre 2025. Le message est clair : il est temps que le Cameroun devienne un pays où chaque fille « ne va pas seulement survivre, mais vivre et s’épanouir ». Les piliers d’une révolution des droits Le manifeste s’articule autour de revendications phares, exigeant des actions concrètes de la part de l’ensemble de la société : Éducation inclusive et de qualité : L’éducation est présentée comme la clé pour briser les cycles de pauvreté et d’inégalités. Les filles réclament des investissements soutenus, une formation des enseignants à la sensibilité au genre et la suppression des obstacles financiers ou culturels qui les empêchent d’apprendre. Tolérance zéro pour la violence : Le manifeste appelle à l’abolition immédiate des pratiques néfastes telles que les mariages précoces et les grossesses adolescentes. Elles exigent des lois intransigeantes et des sanctions sévères pour les auteurs, sans aucune excuse ni exception. Autonomisation et égalité des chances Les filles revendiquent leur statut d’actrices d’aujourd’hui, capables de faire leurs propres choix concernant leur corps, leur éducation et leur avenir. Elles demandent un accès égal à la formation professionnelle, à la technologie, aux sports et au leadership. Un appel à l’action collectif Le manifeste ne s’adresse pas uniquement au gouvernement. Il interpelle chaque acteur de la société : Aux parents et tuteurs, il demande de bannir les châtiments corporels et de privilégier le dialogue bienveillant. Aux frères, il est demandé de devenir des alliés, de dénoncer la violence et de partager les tâches domestiques. Aux enseignants et dirigeants communautaires, il en appelle à leur obligation morale de signaler les abus et de créer des espaces sûrs. Au Gouvernement, il réclame des mesures décisives, l’allocation de ressources adéquates et l’application sans complaisance des lois. Soutenu par des agences des Nations Unies (ONU Femmes, UNFPA, UNHCR, PAM), ce manifeste marque un tournant dans la lutte pour l’égalité des sexes au Cameroun. Les filles du Cameroun rappellent à tous qu’elles représentent la moitié de l’avenir du pays et méritent de se forger un avenir sans violence ni oppression.   Le Manifeste des filles du Cameroun est disponible pour signature et soutien sur la plateforme change.org.