Lutte contre les MNT: nécessité de politiques alimentaires saines
La rencontre de sensibilisation des acteurs médiatiques organisée le 14 avril 2025 à Yaoundé par l’association pour la Réconciliation et le Développement (RADA), a permis de comprendre l’ampleur du problème. Les chiffres présentés soulignent l’urgence d’une action qui passe entre autres par la sensibilisation et l’adoption des mesures fiscales adéquates notamment, l’augmentation des taxes les boissons sucrées et les aliments emballés malsains basée sur des preuves pour la santé publique et le développement.
Selon les experts, les maladies non transmissibles (MNT) sont la principale cause de mortalité dans le monde, représentant environ 41 millions de décès par an, ce qui représente 71% de tous les décès. La plupart des décès liés aux MNT sont concentrés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et les projections indiquent que d’ici 2030, les MNT seront la principale cause de décès en Afrique.
Au Cameroun, les MNT sont parmi les principales causes de décès, responsables d’environ 235 000 décès, ce qui représente 35% de tous les décès chez les personnes de plus de 50 ans en 2016. Selon le rapport de suivi des progrès dans la lutte contre les MNT-OMS 2022, le Cameroun enregistre 74 100 décès annuels liés aux Maladies Non Transmissibles. Le risque de mourir d’une MNT grave pour les personnes âgées de 30 à 70 ans est estimé à environ 22% au Cameroun. En matière de malnutrition, le Cameroun est aux prises avec la sous-nutrition et le défi croissant de surpoids et de l’obésité, qui sont de plus en plus devenus une priorité de santé publique. Une revue réalisée en 2019 indique que 26% des adultes sont en surpoids, tandis que 15,1% entrent dans la catégorie de l’obésité. Concernant les enfants de moins de cinq ans, la prévalence du surpoids a presque doublé, passant de 5% en 1991 à 11% en 2018. En milieu urbain, 12,5% des enfants de 3 à 13 ans sont considérés comme un surpoids, les filles (13,2%) étant plus touchées que les garçons (11,8%).
Selon une enquête de promotion de la santé sur les connaissances, les attitudes et les comportements (KAB) récemment menée sur le territoire national par RADA et LORDA, 60% de la population estime que les boissons sucrées et les aliments emballés malsains sont nocifs. Suivant l’étude, 40% ne sont pas conscients des impacts négatifs de la consommation à long terme de ces produits et plus de 60% ne sont pas certains que ces produits causent des dommages mortels.
Les experts soutiennent que plusieurs facteurs clés contribuent à la prévalence des MNT et augmentent considérablement le risque de développer ces maladies, en particulier un faible niveau d’activité physique et des habitudes alimentaires (un apport calorique élevé, le sel, les graisses malsaines et surtout le sucre libre).
Une analyse du paysage concernant la consommation de sucre dans la population a également montré que la consommation de sucre au Cameroun varie selon les populations et les contextes. L’étude souligne que les camerounais des zones rurales, hommes et femmes, ont tendance à avoir des apports énergétiques plus élevés que ce qui est généralement rapporté, ce qui indique une possible sous-estimation de leur consommation en sucre. Au sein de la population rurale, les personnes âgées de 20 à 39 ans présentent souvent de mauvaises habitudes alimentaires susceptibles d’inclure un apport élevé en sucre.
Au regard de ces données et les conséquences des aliments malsains sur la santé, il y a lieu de réduire la consommation de ces produits. En dehors de la sensibilisation et l’éducation des populations, l’un des moyens efficaces est l’augmentation des taxes sur ces produits responsables des MNT comme l’obésité, le diabète de type II et les maladies cardiovasculaires qui n’ont cessé d’augmenter. Le système de taxation actuel sur le sucre est de 25% avec une taxe spécifique de 12,5%. Les simulations faites révèlent qu’une augmentation des taxes à hauteur de 30% sur les boissons sucrées permettraient de générer environ 118,42 millions de dollars Usa. Une réduction de la consommation des produits malsains passe aussi par la reformulation de ces produits à travers la réduction des quantités excessives de nutriments préoccupants pour la santé. C’est ce que recommande du reste l’Oms dans ses interventions stratégiques de 20230 pour les MNT. Cette agence onusienne recommande la mise en œuvre des politiques fiscales qui ont d’ailleurs fait leur preuve dans certains pays comme le Mexique.
C’est ce plaidoyer que les médias formés le 15 avril dernier à Yaoundé sont appelés à porter auprès des décideurs tout en intensifiant la sensibilisation et l’éducation des populations sur les bonnes pratiques et habitudes alimentaires.
Prince Mpondo


























































































