Cameroun : Le droit à l’inclusion, un chantier inachevé pour les personnes handicapées

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Entre avancées législatives et réalités de terrain, l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux infrastructures publiques demeure un défi majeur. La Commission des Droits de l’Homme appelle à une application effective des engagements de l’État.
ANALYSE — La Journée internationale des personnes vivant avec un handicap (JIPH), célébrée le 3 décembre, offre chaque année l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers une société pleinement inclusive. Au Cameroun, si la volonté politique s’est traduite par l’adoption de lois (telle que la Loi n°2010/002 du 13 avril 2010 sur la protection et la promotion des personnes handicapées) et la ratification d’instruments internationaux, l’analyse de la situation révèle une persistance de défis structurels et sociétaux profonds. La récente déclaration de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) en est une illustration frappante, soulignant l’écart béant entre la théorie juridique et la pratique quotidienne.
L’accessibilité : Une promesse non tenue
Le premier obstacle, et le plus visible, est l’inaccessibilité de l’environnement physique et de l’information. La CDHC déplore que de nombreuses infrastructures publiques — hôpitaux, écoles, bâtiments administratifs, transports — ne soient pas conçues pour accueillir les personnes à mobilité réduite. Le manque de rampes d’accès, d’ascenseurs fonctionnels ou de toilettes adaptées crée une frustration palpable et un sentiment d’exclusion, forçant de nombreuses personnes à renoncer à fréquenter certains espaces publics.
À cela s’ajoute l’accès insuffisant à l’information. L’indisponibilité fréquente de l’interprétation en langue des signes, des documents en braille ou de formats numériques lisibles pour les malvoyants marginalise une part importante de la population, rendant difficile l’accès aux services essentiels et à la vie démocratique.
Discrimination dans l’éducation et l’emploi

L’analyse de la situation éducative est tout aussi préoccupante. Si le concept d’éducation inclusive fait son chemin, sa mise en œuvre bute sur le manque de personnel enseignant spécialisé et sur la rareté des manuels scolaires en braille. Le handicap sévère, en particulier, réduit considérablement le nombre d’années d’études achevées par les enfants concernés, limitant d’emblée leurs perspectives d’avenir.
Sur le marché du travail, la situation ne s’améliore guère. Des études suggèrent que l’écart d’emploi entre individus avec et sans handicap n’est pas dû à des différences de compétences, mais plutôt à une discrimination manifeste à l’embauche et au manque d' »aménagements raisonnables » de la part des employeurs. Les stéréotypes négatifs et la stigmatisation persistent, reléguant souvent les personnes handicapées à des emplois précaires ou à l’inactivité.
Le défi de la gouvernance et de la redevabilité

La CDHC a également mis l’accent sur des défis liés à la gouvernance. La faible application du cadre normatif existant, due en partie à un manque de volonté politique dans l’application des lois, est un obstacle majeur. Un autre point crucial soulevé par la commission est le risque de mauvaise affectation des fonds publics destinés aux programmes d’accessibilité. L’absence de traçabilité des ressources compromet l’efficacité des actions prévues et retarde l’amélioration des conditions de vie.
La faible représentation des personnes handicapées dans les instances locales de décision et de gouvernance est, en soi, une forme d’exclusion qui empêche la prise en compte réelle de leurs besoins spécifiques dans l’élaboration des politiques publiques.
Perspectives et engagements
Face à ce tableau, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun ne se contente pas d’un état des lieux. Elle réitère ses recommandations formulées en 2024, notamment l’accroissement de l’effort budgétaire en faveur des structures chargées du bien-être des personnes handicapées et la facilitation de leur accès à l’emploi décent.
L’analyse de la situation camerounaise montre que la pleine inclusion des personnes handicapées ne se décrète pas par une simple loi ; elle nécessite une transformation profonde des mentalités, une application rigoureuse des normes existantes et une transparence totale dans l’utilisation des ressources. La CDHC s’engage à poursuivre son action de plaidoyer et de veille juridique, rappelant que les droits des personnes handicapées ne sont pas des droits nouveaux, mais des droits humains fondamentaux qui doivent être garantis pour tous.
Prince Mpondo


























































































